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Mort de Jean Pormanove : comment l’Arcom a fait la démonstration cynique de ses « priorités »

Mort de Jean Pormanove : comment l’Arcom a fait la démonstration cynique de ses « priorités »

La Ligue des droits de l’Homme avait alerté le régulateur français depuis février 2025 sur la diffusion des nombreuses violences infligées au streamer récemment décédé. Alors que la réglementation européenne est censée réprimer ce type de contenus, l’Arcom a ignoré ces signalements, sans justification valable. Une défaillance qui interroge sur ses priorités en matière de lutte contre la « haine en ligne ».

Par Amélie Ismaïli

Raphaël Graven, alias « Jean Pormanove », est décédé le 18 août 2025 lors d’un live-streaming sur Kick. © Instagram / @jeanpormanove

Le gouvernement avait annoncé avoir saisi l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) à la suite de la mort de Raphaël Graven, alias « Jean Pormanove », filmée en directe sur la plateforme Kick. Mais cette réactivité tardive ne trompe personne : le régulateur avait déjà été saisi bien avant ce drame, il y a plus de six mois. En effet, des signalements ont été faits dès décembre 2024, après que Mediapart a révélé les scènes de maltraitance et d’humiliation qui apparaissaient sur la chaîne du streamer suivie par 173 000 abonnés.

Violences en live, silence du régulateur

Comme le montrent les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux depuis son décès, le quadragénaire, porteur d’un handicap, était la cible de très nombreux sévices commis par ses co-animateurs du collectif le « Lokal TV » . L’utilisant comme souffre-douleur pour attirer les dons de spectateurs malsains, Jean Pormanove subissait coups, étranglements, décharges électriques, jets de parpaings ou de vomis, était privé de sommeil et forcé d’exécuter des actions dénigrantes durant des lives interminables, avec des mises en scènes destinées le plus souvent à profondément l’humilier. Choqué par ces séquences insoutenables, un lanceur d’alerte du média citoyen « Actu React » décide d’enregistrer ces contenus et de les mettre sur un Google Drive rassemblant plus de 3000 heures de stream.

Relevés par Mediapart, l’affaire sort sur la place publique à la fin de l’année dernière et interpelle la Ligue des droits de l’homme. Celle-ci décide alors de saisir le gendarme du numérique pour tenter de mettre fin à ces dérives sur la plateforme de streaming. 

Dans son communiqué datant du 28 février dernier, l’association dénonçait la diffusion de ces « actes […] pouvant correspondre à des qualifications pénales », et demandait à l’Arcom d’intervenir, en « sa qualité de coordinateur chargé de la mise en œuvre du Règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act – DSA) », contre ces contenus manifestement illicites. Malgré ces alertes, l’autorité de régulation ne semble pas avoir bougé d’un pouce. Une passivité qui contraste de façon amère avec les engagements affichées de l’institution, d’habitude si prompte à revendiquer son combat contre « la haine en ligne » ou à s’alarmer contre des contenus qui n’ont, inversement, rien d’illégal.

Des excuses contredites par le DSA

Interrogée à l’époque par Mediapart sur cette négligence, l’Arcom s’était contentée de répondre qu’elle n’était « pas certaine que l’entreprise [Kick] bénéficie d’une représentation légale au sein de l’UE », sous-entendant qu’elle aurait eu les mains liés pour faire appliquer la réglementation européenne. Une excuse pourtant fausse. Car non seulement le DSA impose aux coordinateurs de s’assurer que les plateformes étrangères diffusant sur leur territoires nationaux ont fait cette désignation (art. 13-1), mais il est prévu qu’à défaut, « tous les Etats membres […] disposent de pouvoirs de surveillance et d’exécution » (art. 56-7). Ainsi, même en l’absence d’un représentant légal, l’Arcom disposait de pouvoirs étendus pour prendre des mesures contre la plateforme Kick. L’article 51 paragraphe 3-b précise par ailleurs que dans la cas où des manquements participent « d’une infraction pénale impliquant une menace pour la vie ou la sécurité des personnes », le coordinateur peut, en dernier recours, saisir la justice afin « d’ordonner une restriction temporaire de l’accès des destinataires au service concerné, ou […] à l’interface en ligne du fournisseur de services intermédiaires sur laquelle se produit l’infraction ». Difficile de ne pas voir que ces vidéos rentraient spécifiquement dans ce cadre.

« L’instance aurait dû exiger, en vertu du règlement sur les services numériques, d’être mise en relation avec un dirigeant de la plateforme et de prendre des mesures en attendant cela, chose qu’elle n’a donc jamais faite. »

 

Jean-Baptiste Marty, journaliste à Europe 1

En d’autres termes, si l’Arcom n’a pas réagi, c’est bien parce que l’Arcom n’a voulu rien faire. Elle aurait du a minima contacter la plateforme de streaming pour lui rappeler ses obligations — ce qu’elle semble avoir fait… il y a seulement deux jours. En effet, face au levé de bouclier qu’a provoqué le décès de Jean Pormanove, l’institution a fini par publier un communiqué dans lequel elle dit s’être informée « à ce jour » d’un représentant légal de Kick établi à Malte, et d’avoir transmis au coordinateur maltais la charge d’ouvrir une enquête en vertu du DSA. Autant de choses qu’elle aurait pu cependant faire des mois avant que ne se produise un tel incident grave. Surtout dès lors qu’une infraction pénale était suspectée. Ce qui était le cas : depuis décembre, le parquet de Nice avait ouvert une enquête pour « violences volontaires en réunion sur personnes vulnérables (…) et diffusion d’enregistrements d’images relatives à la commission d’infractions d’atteintes volontaires à l’intégrité de la personne ».

Cette inaction est d’autant plus injustifiable qu’elle a indirectement contribué à la continuité du supplice de Jean Pormanove. Le procureur de Nice avait notamment souligné que les persécutions dont il était victime étaient « parfois encouragés par des versements d’argent des spectateurs ». Or cette incitation financière à commettre des actes brutaux sur une personne vulnérable, qui plus est à la santé fragile, constituait une menace évidente pour la vie du streamer — même s’il est encore trop tôt pour déterminer si ces violences ont eu quelque chose à voir dans son décès. Quoi qu’il en soit, le blocage de ces diffusions auraient pu au moins empêcher ses tortionnaires de tirer un avantage certains à la poursuite de son calvaire. La responsabilité de l’Arcom, sur ce point, mérite d’être soulevée. Sur l’écran du streaming filmant les derniers instants de « JP », une cagnotte affichait la somme de 36 411 euros.

 

Owen Cenazandotti (à droite) et Yacine Sadouni (au centre) sont accusés d’avoir violentés « JP » pour attirer les dons sur Kick.

Une défaillance collective

L’Arcom n’est toutefois pas la seule à avoir failli à sa mission. Beaucoup s’interrogent sur le manque de réaction des autorités judiciaires alors qu’une instruction était ouverte depuis des mois. En janvier, la police avait placé en garde à vue deux des principaux streamers impliqués dans ces abus, Owen Cenazandotti (surnommé « Naruto ») et Yacine Sadouni (alias « Safine »), lesquels ont néanmoins été relâchés après 24h. On peine à croire qu’aucune injonction supplémentaire n’ait été prise pour stopper leurs comportements, au vu de l’escalade de violence que prenaient ces vidéos. Sur des images récentes, Raphaël Graven semblait particulièrement affaibli, présentant d’importantes blessures sur tout le corps et manifestant des signes de détresse, si l’on en croit des messages qu’il avait envoyés à sa mère, dont la lecture en directe était l’occasion d’une autre humiliation : « coincé pour un moment avec son jeu de mort (…) j’ai l’impression d’être séquestré avec ce concept de merde, j’en ai marre, je veux me barrer mais l’autre il veut pas, il me séquestre ». Sur une autre vidéo,  Naruto exigeait que « JP » les décharge de toute responsabilité en cas d’arrêt cardiaque, déclarant que les « gens vont s’en prendre à nous alors que [ta mort] est due à tes 46 ans de vie minables ». Ces propos et agissements odieux sont restés sous les radars des autorités, de même que les très nombreux signalements sont restés sans effet. Dans un live enregistré quelques heures avant sa mort, Raphaël Griven a déclaré vouloir aller à l’hôpital, obtenant pour toutes réponses de violentes frappes au visage.

La ministre déléguée chargée du numérique, Clara Chappaz, s’était elle aussi illustrée par sa remarquable indifférence à l’époque des premières révélations sur ces méfaits — ce que n’ont pas manqué de lui rappeler les utilisateurs de X. Au lendemain du décès de Jean Pormanove, la ministre s’est exprimé sur le réseau social en qualifiant ce drame « d’une horreur absolue », tout en promettant que la saisie de l’Arcom entraînera des mesures contre Kick : « la responsabilité des plateformes en ligne sur la diffusion des contenus illicites n’est pas une option, c’est la loi », concluait son tweet. On se demande bien pourquoi ce sermon ne l’avait pas effleuré huit mois plus tôt. Sous son post, la plupart des commentaires citent l’article de Médiapart qui signalait que ces contenus violents sur Kick étaient alors  « loin d’être une priorité dans [son] agenda ».

Ce matin encore, la ministre déléguée expliquait sur France Info qu’il ne lui était pas possible en tant que membre du gouvernement de « fermer un site » car il n’existerait pas de « bouton rouge« . Ce qui relève, là aussi, d’un gros mensonge. Il existe de nombreux cas par le passé de blocage de sites internets qui diffusaient des contenus illégaux, même lorsque ces sites étaient hébergés à l’étranger (soit la majorité du temps). A titre d’exemple, en 2013, le tribunal de grande instance de Paris a ordonné le blocage de seize plateformes de streaming qui diffusaient des films sans le consentement de leurs auteurs. Il y a deux ans, l’ex-ministre délégué au Numérique Jean-Noël Barrot avait saisi la procureure de la République pour des propositions pédocriminelles signalés sur le site « Ados ». Clara Chappaz bénéficiait, de fait, de tout un arsenal juridique pour prendre des mesures contre un hébergeur qui ne respecterait pas ses obligations au regard de la loi française. Son inaction, tout comme celle de l’Arcom, était donc parfaitement volontaire au motif d’un « agenda » différent.

Priorité à la censure « d’opinions »

En réalité, la ministre semblait alors bien plus préoccupée par les « opinions » diffusées sur X ou par l’arrêt du programme de fact-checking par Meta. Une position reflétée dans les pratiques de l’Arcom, qui a l’avantage de mettre en exergue les véritables « priorités » visées par le gouvernement derrière l’application du DSA. Les nombreux journalistes citoyens qui se sont vus supprimer leurs chaînes sur Twitch (à l’instar de nos confrères du Monde Moderne), bloquer leurs comptes sur Twitter (avant le rachat d’Elon Musk) ou avoir leurs contenus invisibilisés pour de faux prétextes de « désinformation » ne peuvent qu’en témoigner. Les directeurs de ces grandes plateformes ne s’en cachent d’ailleurs nullement. En juin dernier, devant la Commission d’enquête sur « les effets psychologiques de Tik Tok » à l’Assemblée Nationale, le responsable des affaires publiques de Youtube France avait déclaré qu’ils n’hésitaient pas à « réduire la visibilité [des] contenus qui ne franchissent ni la ligne de la loi française ni les conditions d’utilisations ».

 

« Nous devons mettre en place des outils qui vont permettre de nous assurer que les opinions, qui seraient de fausses opinions, peuvent être sorties de la plateforme. »

Clara Chappaz, Ministre déléguée chargée du numérique, en janvier 2025.

 

Notons que les véritables motifs de cette commission d’enquête étaient tout aussi transparents : elle faisait suite à une longue offensive de l’Arcom contre la prétendue « désinformation » sur TikTok. La rapporteure macroniste de cette commission témoignait de surcroît vouloir faire en sorte que les plateformes se montrent « plus vertueuses que le droit » en les incitant à censurer des « propos légaux ». Voilà qui a le mérite d’être clair. Quant aux « effets psychologiques » des contenus violents qui enfreignent ouvertement la loi, ce n’est tout simplement pas dans les « priorités »…

Le parallèle entre leur désintérêt pour les souffrances vécues par Jean Pormanove, et leur obsession pour faire taire des voix dissidentes, avec de faux préceptes moraux (« haine en ligne ») ou des concepts creux (« désinformation », « complotisme », ect) visant à flouter leur caractère légal, montre une fois de plus le cynisme de nos autorités. Mais cette affaire aura surtout permis de jeter une lumière crue sur leur hypocrisie : les contenus réellement préjudiciables peuvent circuler pendant des mois, voire des années, en toute impunité.

Ce constat n’est pas nouveau pour ceux qui s’intéressent aux logiques appliquées par ces politiques de censure. Lors de l’affaire du fonds Marianne, le gouvernement avait déjà montré qu’il était tout à fait capable d’exploiter des crimes liés au harcèlement en ligne pour financer des intermédiaires chargés de produire une propagande favorable au président ou nuire à ses opposants. On peut malheureusement craindre que la mort de Jean Pormanove soit de même instrumentalisée pour intégrer ce narratif. Hier, le député socialiste Arthur Delaporte déplorait cet évènement terrible comme la preuve que « l’Arcom n’a évidemment pas les moyens d’appliquer sa mission de contrôle et de sanction ». S’agirait-il d’abord qu’elle priorise un peu moins la censure de contenus légaux….

Oui, Macron a bien été écarté de la rencontre entre Trump et Zelensky au Vatican… malgré ce que dit l’Elysée.

Oui, Macron a bien été écarté de la rencontre entre Trump et Zelensky au Vatican… malgré ce que dit l’Elysée.

Lors des obsèques du pape François ce samedi 26 avril, une entrevue filmée entre Macron, Trump, et Zelensky suscite de nombreuses spéculations. Le Président se serait-il pris un revers après avoir voulu s’inviter dans une rencontre de grande importance pour les négociations vers la paix en Ukraine ? Si l’Elysée tente de démentir l’affaire, ses justifications maladroites ne tiennent pas.

C’est une photo qui prend des allures de communication ratée. On y voit Emmanuel Macron tenant par l’épaule le président ukrainien Volodymyr Zelensky, lui-même aux côtés du président des États-Unis, Donald Trump, et du Premier ministre du Royaume-Uni, Keir Starmer, lors d’une rencontre en marge des funérailles du pape François à la basilique Saint-Pierre du Vatican. Publiée sur le compte X de l’Élysée sous la légende « Pour la paix », l’image se veut immortaliser ces dirigeants du monde libre réunis ensemble pour tenter de résoudre un conflit qui menace depuis trois ans de tourner à la Troisième Guerre mondiale. La photo met particulièrement à l’honneur Emmanuel Macron, lequel semble dominer physiquement ses partenaires comme pour accentuer son rôle présumé de grande importance dans cette avancée vers une solution de paix.

Pourquoi cette photo est-elle trompeuse ?

Une vidéo de la séquence révèle pourtant une tout autre histoire. En réalité, il semble qu’Emmanuel Macron ait voulu s’inviter à une rencontre prévue entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, à laquelle il n’était manifestement pas convié. En effet, dans ce court extrait où l’on voit le président s’avancer pour rejoindre ses homologues, Donald Trump donne l’impression de s’interposer pour lui demander de rester à l’écart. En conséquence, une troisième chaise qui était initialement placée sur le lieu de la réunion est aussitôt retirée. Par la suite, les présidents ukrainien et américain s’entretiendront seuls en l’absence de Macron… et de la chaise qui lui était possiblement destinée.

Cette vidéo contredit donc directement la publication de l’Élysée qui suggérait la participation active d’Emmanuel Macron à cette rencontre historique. La scène en entier montre au contraire que sa présence n’était visiblement pas la bienvenue.

Un récit macroniste difficilement crédible

Si certains utilisateurs sur X n’ont pas manqué de critiquer la publication trompeuse à l’appui de cette vidéo, de fervents soutiens au président ont tenu à combattre ce qu’ils jugent être une mauvaise interprétation. À les en croire, Emmanuel Macron était simplement venu encourager cet entretien entre « Américains et Ukrainiens » qu’il aurait lui-même contribué à organiser avec le Premier ministre britannique, ne souhaitant nullement s’imposer comme un « troisième homme ». « C’est totalement faux », nous assure un proche du président dans Ouest-France, « on voit d’ailleurs bien sur la vidéo qu’il ne cherche pas à rester ». Quant à la troisième chaise retirée de la réunion, elle aurait été prévue pour un traducteur dont se seraient finalement passé Donald Trump et Volodymyr Zelensky.

Réfutation : ces explications paraissent bien peu crédibles à la lumière de la scène telle qu’elle a été filmée. On voit clairement que Donald Trump et Volodymyr Zelensky s’apprêtaient tout juste à s’asseoir lorsqu’ils furent interrompus par Emmanuel Macron survenant les saluer pour rejoindre la discussion à son tour. Loin de répondre réciproquement à l’accueil chaleureux du président français, Donald Trump effectue alors un geste explicite de la main droite comme pour lui faire «barrage», et lui adresse quelques mots (inaudibles) dans un hochement de tête qui semble traduire un refus. Si l’intention de Macron n’était pas de rester, on imagine mal pourquoi Trump aurait eu un tel geste envers le représentant d’un pays allié venu simplement « l’encourager ».

Par ailleurs, l’idée que la troisième chaise aurait été prévue pour un éventuel traducteur ne paraît pas davantage fondée : non seulement Volodymyr Zelensky, qui parle couramment l’anglais, n’y a jamais eu recours lors de ses précédentes rencontres avec le président américain ; mais de plus, la chaise avait été positionnée à égale distance des deux autres, au centre de la réunion, ce qui serait tout à fait inhabituel pour un traducteur. En général, ces assistants se placent légèrement en retrait de l’un ou l’autre chef d’État de façon à préserver un minimum de discrétion sur la tenue de la conversation. La position de cette chaise impliquerait plutôt une place réservée à un interlocuteur d’une hiérarchie équivalente aux autres acteurs de cette rencontre – autrement dit, une place qui aurait été tout à fait justifiée dans le cas d’Emmanuel Macron.

« Tu ne devrais pas être là. »

Bien que des fact-checkers prétendent qu’il serait « impossible de savoir ce que les trois présidents se sont dits lors de ce rapide échange », évitant ainsi de contrarier l’Élysée, la presse anglo-saxonne contribua inversement à enfoncer le clou. Au lendemain de l’épisode, le journal britannique The Sun publie le témoignage de Nicola Hickling, une experte anglaise de la lecture sur les lèvres, qui affirme avoir décrypté les mots prononcés par Donald Trump dans cette scène. Selon elle, le président américain se serait adressé à Macron en ces termes : « Tu n’es pas en position de force ici, j’ai besoin que tu me rendes un service, tu ne devrais pas être là. » Malgré toutes les réserves que cette interprétation impose en l’absence d’une bande-son, cette version corrobore le langage corporel de Trump, qui traduit de manière transparente une volonté de bloquer cette intrusion opportune. Autre élément relevé par la lectrice labiale : l’un des ecclésiastiques qui entourait les trois hommes se déplaça subtilement devant la caméra, comme s’il avait voulu cacher un échange qui devenait gênant…

L’échec d’une manipulation

Ainsi, la photographie diffusée par l’Élysée — capturée de toute évidence après la réunion entre Zelensky et Trump — figure une tentative grossière de réécrire la scène pour camoufler ce revers humiliant subi par Emmanuel Macron. Comble de la supercherie : la photo fut prise de sorte à faire paraître le président d’une taille bien plus grande qu’il ne l’est en réalité, donnant l’illusion qu’il dépasserait Donald Trump alors que, dans les faits, il mesure 17 cm de moins que le chef d’Etat américain (1).

La manipulation est d’autant moins subtile que l’Élysée s’attache depuis à défendre coûte que coûte ce scénario invraisemblable d’une « réussite diplomatique ». Deux jours après l’épisode, Paris Match publie l’interview d’Emmanuel Macron qui s’attribue dans un « nous » le mérite de ce « face-à-face historique » entre Trump et Zelensky : « Nous avons réussi, grâce à cet entretien au Vatican, à remettre la pression sur la Russie », déclare-t-il en titre de cet article qui assure que le président aurait « œuvré pour que cette rencontre ait lieu ». Dans d’autres tribunes, on loue son rôle supposé de «protecteur» du président ukrainien visant à empêcher l’homme fort de Washington de lui « forcer la main » pour établir des compromis avec la Russie — ce qui, dans l’esprit de la plupart de nos journalistes encartés, reviendrait à se soumettre à Hitler. Blanchi par sa volonté de protéger la nation contre un ennemi qui projette d’envahir l’Europe selon la doxa, Emmanuel Macron semble encore profiter des effets anxiogènes de son nouveau « Nous sommes en guerre », prononcé il y a deux mois. Un discours suffisamment persuasif pour inciter nos grands médias à étouffer toute information qui pourrait nuire à son crédit sur la scène internationale.

Le fait d’avoir été écarté par son « allié » d’une réunion majeure dont il espérait opportunément s’attribuer le succès ne trouvera quasiment aucun écho sauf sous peine d’être taxé de « fausses informations ». En témoigne le traitement réservé à Vincent Hervouët qui, sur le plateau de CNews, fit l’affront d’évoquer la lecture des propos présumés de Donald Trump rapportés dans The Sun. « Vous n’y étiez pas ! C’est totalement faux », répliqua l’Élysée sur le réseau X contre l’éditorialiste, ajoutant que «Beaucoup de fausses informations circulent. C’est indécent car ce qui se joue, ce sont des vies et notre sécurité collective ». Plus que « nos vies » et notre « sécurité collective », se joue surtout l’orgueil d’un président qui accumule les revers diplomatiques et peine à masquer ses efforts parfois grotesques pour redorer son image. Pas facile de conserver l’aura d’un « chef de guerre » quand on s’est fait surprendre à truquer ses photos pour grossir ses biceps…

 

 

(1) Emmanuel Macron mesurerait environ 1,73 m, tandis que Donald Trump mesure lui 1,90 m. (Source : taille Macron / taille Trump)

La Rédaction

Alain Weill et deux journalistes de l’Express sont mis en examen pour diffamation

Alain Weill et deux journalistes de l’Express sont mis en examen pour diffamation

Après une série d’articles particulièrement à charge, l’essayiste Idriss Aberkane avait déposé trois plaintes contre le patron de l’Express et les journalistes Victor Garcia et Alix L’Hospital. Ces derniers ont été officiellement mis en examen pour les chefs de diffamation publique, selon nos informations confirmées par le Parquet de Paris. 

 

C’est la deuxième fois qu’Alain Weill est poursuivi en justice pour des fausses rumeurs colportées dans l’hebdomadaire qu’il dirige. En mars 2021, le Tribunal de Paris l’avait déjà condamné pour diffamation publique assortie d’une obligation de verser 1000 euros à Abdelaziz Hamida, maire de Goussainville, deux ans après que l’Express eut relayé le mensonge que le franco-marocain était « fiché S ». Blanchie par la presse subventionnée comme une nouvelle certifiée, la fake news aux relents racistes avait été largement relayée dans les médias français, au contraire de cette condamnation qui est passée sous silence, n’apparaissant évidemment pas sur la page Wikipedia du condamné. Malgré des sociétés sous asphyxie financière (qui n’empêche pas ses rémunérations faramineuses), les soupçons d’évasion fiscale ou les procès de ses ex-employés, Alain Weill est de ces hommes d’affaire qui investissent dans les médias à la faveur d’une couverture toujours bienveillante, voire victimaire. Cette mise en examen ouvre la possibilité de venir ajouter une autre ligne au tableau de ses préjudices en coulisse.

 

 

Parmi les griefs à l’origine de la plainte déclenchant cette procédure figure notamment un article publié en juillet 2022 dans lequel Victor Garcia et Alix L’Hospital multiplient les allégations contre Idriss Aberkane, l’accusant, toujours dans des termes vagues mais accablants, d’avoir « surgonflé » son CV, de mentir sur ses expériences en recherche scientifique et de manipuler son public tel un « gourou » des « sphères complotistes et antivax » sur fond d’une carrière supposément remplie de « déboires financiers ». Un brûlot cochant tous les éléments de langage qu’avaient cependant anticipé le conférencier, prenant soin de filmer et de diffuser publiquement l’entretien avec les deux journalistes alors qu’ils l’interrogeaient pour préparer leur article. Le stratagème n’a pas du tout été apprécié par Victor Garcia et Alix L’Hospital qui se montrent en grande difficulté dans cette vidéo, leurs questions très orientées se heurtant systématiquement à l’éloquence maîtrisée de leur interlocuteur. Après une tentative de censure par mise en demeure, France Soir avait décidé de republier la scène sous le titre de « l’ExpressGate ».

 

Le Character assassination en concept publicitaire

L’Express n’en était pas à sa première attaque contre l’auteur de Libérez votre cerveau, lequel avait, à l’époque de sa publication, bénéficié de certaines louanges dans la presse au grand damn des sphères scientistes. Dès 2016, l’hebdomadaire d’Alain Weill reprend les ragots des réseaux zététiciens persuadés que le triple doctorant se serait fabriqué un curriculum « dopé » (1). Bien que l’incriminé ait publié sur son site internet l’ensemble de ses diplômes qui attestent de son parcours, comprenant les preuves de ses doctorats (en Neuroergonomie, Littérature comparée, et Relations Internationales), les relevés de son master à l’Ecole Normale Supérieure, ses attestations comme chercheur invité à Stanford, ses certificats comme professeur à Centrale Supélec ou encore les registres de ses sociétés et fondations – chaque élément matériel continue d’être proprement ignoré dans un but transparent. En 2022 et 2023, surfant sur la vague de character assassination contre ceux qui contestaient l’efficacité des mesures sanitaires (tout en prônant la vaccination des enfants en dehors de tout consensus médical), l’Express redouble de tribunes corrosives sur Idriss Aberkane, jusqu’à en faire un argument de vente pour des abonnements papiers et numériques, via des sponsorisations sur Facebook ou des podcasts en série. Ironiquement, une publicité du magazine s’est retrouvée récemment sur la chaîne Youtube de l’essayiste qui culmine désormais à plus d’1 million d’abonnés. Il faut dire que ce succès a de quoi faire pâlir une rédaction réduite à peau de chagrin pour cause de plans sociaux successifs…

Selon les reproches formulées par les avocats du plaignant, les journalistes de l’Express auraient composé leur article essentiellement à partir d’allégations infondées voire fausses, de « propos biaisés » et de « raccourcis grossiers », susceptibles de caractériser une volonté de nuire. Le récépissé de la plainte invoque que Victor Garcia et Alix L’Hospital se sont appuyés, pour seules et uniques « preuves », sur le témoignage de « pseudo-spécialistes » choisis pour leurs positions notoirement opposées à celles du conférencier, et des compétences qui font défaut sur les sujets critiqués. On y retrouve d’ailleurs l’opinion d’un certains Thomas Durand qui voue depuis des années une obsession manifeste envers Idriss Aberkane, devenu une sorte de « vache à lait » de sa chaîne Youtube pour s’accaparer des vues. Victor Garcia avait déjà loué le zététicien-en-chef dans un précédent article le présentant faussement comme « président de l’association ASTEC » – ce qu’il n’est pas censé être, au risque d’avoir quelques petits problèmes avec l’administration fiscale en s’auto-rémunérant avec la trésorerie (2)… Le magazine rebaptisé « l’Ex-presse » par ses anciens salariés n’est décidément plus à un mensonge près. Mais à quoi s’attendre d’autre venant d’un journal qui juge que la Charte de Munich n’est qu’un « totem complotiste » ?

Quoi qu’il en soit, ce ne serait pas la première fois que des journalistes de l’Express manqueraient gravement à leur déontologie pour nuire à une personnalité qui dénonce les – vrais – déboires financiers de leur directeur.  À la justice de se prononcer une nouvelle fois sur la nature douteuse de leurs méthodes.

 

La Rédaction

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(1) L’Express, 2 novembre 2016.

(2) l’ASTEC étant une association loi 1901 dite « à but non-lucratif », le président ne peut être rémunéré au-dessus de la limité tolérée des 3/4 du SMIC, sous peine d’être redevable des impôts commerciaux. (Source : service-public.fr)